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Parapsychologie : définition, expériences et ce que prouve la science

Loisirs, culture et people
Photo : Efca Prod, CC BY-SA 3.0

La parapsychologie est l’étude, par des méthodes expérimentales et statistiques, de phénomènes que la science actuelle n’explique pas : télépathie, clairvoyance, précognition, psychokinèse. Elle n’est pas une pratique de voyance. Elle mesure des taux de réussite en laboratoire, et le débat porte sur un seul point : ces taux dépassent-ils vraiment le hasard ?

Qu’est-ce que la parapsychologie ?

Le mot date de 1889. L’Allemand Max Dessoir l’a proposé pour désigner une « région frontière » entre les états psychologiques habituels et les états pathologiques. Il a aussi créé le terme de « paraphysique » pour les phénomènes qui sembleraient échapper aux lois de la physique classique.

Les chercheurs du domaine regroupent l’ensemble sous le sigle « psi ». Ils distinguent deux familles :

  • La perception extrasensorielle (ESP) : télépathie (transmission de pensée), clairvoyance (information obtenue sans canal connu), précognition (information sur le futur).
  • La psychokinèse (PK) : influence supposée de l’esprit sur la matière, par exemple sur la chute d’un dé ou un générateur de nombres aléatoires.

L’Institut Métapsychique International, à Paris, se définit comme un lieu où l’on étudie le paranormal sans y croire d’avance. Il présente la parapsychologie comme une étude universitaire et scientifique d’événements inhabituels liés à l’expérience humaine.

D’où vient la parapsychologie expérimentale ?

Avant le laboratoire, il y a eu les médiums, les séances de spiritisme et les enquêtes de sociétés savantes au XIXe siècle. Le tournant vient de J.B. Rhine. Il est considéré comme le fondateur de la parapsychologie quantitative, parce qu’il a systématisé le traitement statistique des phénomènes dits paranormaux. Son idée : arrêter de collectionner des anecdotes et compter des réussites face au hasard.

Sa méthode type : un sujet devine des cartes tirées au hasard, et l’on compare le nombre de bonnes réponses à celui qu’un simple tirage aveugle produirait. Rhine et Pratt ont décrit en détail le protocole de chaque type d’expérience dans leur livre de 1957.

Les décennies suivantes ont apporté d’autres montages :

  • les études sur les rêves télépathiques au Centre médical Maimonides de New York, publiées entre 1966 et 1972 ;
  • le protocole Ganzfeld, développé par Charles Honorton dans les années 1970 ;
  • les tests de psychokinèse sur des générateurs aléatoires électroniques.

L’expérience Ganzfeld : comment ça marche et que mesure-t-elle ?

Le Ganzfeld (« champ sensoriel uniforme » en allemand) est le protocole le plus utilisé aujourd’hui en parapsychologie expérimentale. Un « receveur » est placé dans un environnement visuel et sonore homogène, pour induire un état proche de l’endormissement. Pendant ce temps, un « émetteur » regarde une image cible dans une autre pièce.

À la fin, le receveur voit quatre images, dont la cible, et doit les classer selon la proximité avec ses impressions. S’il place la bonne image en premier, c’est un succès. Sans aucune télépathie, le hasard donne donc 25 % de réussite.

Les chiffres qui font débat :

ÉtudeRésultatLecture
Bem et Honorton (1994), autoganzfeldenviron 32 % de réussiteAu-dessus des 25 % attendus, selon les auteurs
Milton et Wiseman (1999), 30 études depuis 1987effet moyen non significatifLe résultat de 1994 n’est pas reproduit
Bem, Palmer et Broughton (2001), 10 études ajoutées30,1 % sur l’ensembleÉcart significatif, selon les auteurs

Les partisans citent aussi un taux global de 33,2 % sur 2 549 séances menées entre 1974 et 1997. Les sceptiques jugent ce total peu parlant, car il mélange des protocoles de qualité inégale.

La parapsychologie est-elle une science ? Les deux positions

Les parapsychologues avancent trois arguments : les protocoles ont été durcis après les critiques, certains écarts à 25 % sont statistiquement significatifs, et plusieurs laboratoires indépendants ont obtenu des résultats comparables. Une revue du débat compare ainsi quatre méta-analyses et quinze laboratoires pour défendre l’idée d’une réplication par des chercheurs indépendants.

Les critiques, eux, soulèvent d’autres points :

  • Des effets faibles. Ils sont difficiles à reproduire de façon robuste dans des laboratoires indépendants.
  • Des biais possibles. Le psychologue Ray Hyman a relevé dès 1985 des problèmes de randomisation, de statistique et d’isolation : fuites sensorielles possibles, protocole pas totalement étanche.
  • Un tri des études. Le choix de ce qui compte comme étude indépendante change le résultat, et les études décevantes peuvent rester dans un tiroir.
  • Une réplication ratée. Wiseman et Milton, dans la même revue en 1999, ont trouvé un effet proche de zéro sur les études postérieures.
  • Aucun mécanisme. Aucun processus physique ou biologique connu n’explique la transmission supposée.

Le constat honnête : la plupart des psychologues universitaires n’acceptent pas l’existence du psi. Le dossier reste ouvert pour une minorité de chercheurs, avec des effets minuscules et jamais confirmés de manière solide. Pour qu’un résultat fasse consensus, il faudrait qu’il se reproduise sur demande, dans des laboratoires neutres. Ce n’est pas le cas.

Parapsychologue, voyant, médium : ne pas tout mélanger

Un chercheur en parapsychologie compte des taux de réussite sur des centaines de séances. Un voyant vend une prestation individuelle, avec des promesses sur votre avenir. Les deux n’ont rien en commun, sinon le vocabulaire. Les écarts mesurés en laboratoire, de l’ordre de 5 à 8 points au mieux, ne permettraient en aucun cas de prédire un fait précis dans une vie.

Ce détail compte pour votre porte-monnaie. Le titre de « psychologue » est protégé en France ; celui de « parapsychologue » ne désigne pas une profession de santé. Quand un site ou un cabinet l’affiche pour vendre un tarif à la minute, une « purification » ou un « travail » à distance, c’est de la vente, pas de la science. Avant tout paiement, lisez le guide sur la voyance en ligne : prix, règles et pièges, et gardez en tête ce que valent les prédictions de masse, comme l’explique l’article sur l’horoscope et sa lecture critique.

Les montages les plus fréquents sont décrits dans la rubrique avis, arnaques et pièges à éviter : abonnement caché après une première consultation « offerte », relances insistantes, menace d’un « mauvais sort » si vous arrêtez de payer. Pour le reste, la parapsychologie est un sujet de lecture et de curiosité qui trouve naturellement sa place dans la rubrique loisirs et culture.

Si le sujet vous attire pour un métier, notez que la recherche en parapsychologie reste marginale. Il n’existe pas de filière classique. Les fiches de la rubrique métiers, salaires et formation vous donneront des repères plus sûrs sur les carrières en psychologie expérimentale, où les compétences statistiques de ce débat se retrouvent.

Notre avis

La parapsychologie mérite d’être lue comme un cas d’école : des chercheurs sérieux, des protocoles précis, des écarts minces de quelques points au-dessus de 25 %, et une controverse sur la réplication qui dure depuis plus de quarante ans. Elle n’a pas démontré l’existence de pouvoirs mentaux utilisables.

Le plus simple : traiter les résultats de laboratoire comme une question de recherche ouverte, et refuser toute offre payante qui s’en réclame. À éviter : payer une consultation, un « bilan énergétique » ou un forfait en s’appuyant sur l’argument « la science a prouvé ». Les chiffres ci-dessus montrent exactement l’inverse.

Vos questions sur la parapsychologie

Quelle est la différence entre parapsychologie et psychologie ?

La psychologie étudie les comportements et les processus mentaux avec des mécanismes connus, et le titre de psychologue est protégé en France. La parapsychologie étudie des phénomènes présumés inexplicables, comme la télépathie, et reste à la marge de la science universitaire.

La télépathie a-t-elle été prouvée scientifiquement ?

Non. Certaines méta-analyses du protocole Ganzfeld trouvent environ 30 à 32 % de réussite pour 25 % attendus par hasard, mais d’autres analyses ne trouvent pas d’effet significatif. Les résultats sont faibles et difficiles à reproduire de façon robuste.

Que fait un parapsychologue ?

Un chercheur en parapsychologie conçoit des protocoles, comme les cartes de Rhine ou le Ganzfeld, et compare les réussites au hasard. Il ne vend pas de prédictions. Un « parapsychologue » qui facture des consultations n’exerce pas ce métier de recherche.